L'évolution de l'opinion publique en Aveyron de 1940 à 1944
- aveyron3945.fr
- 1 févr.
- 25 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 mai
Synthèse des rapports du chef du service départemental d’information
(nov.1940 à avril 1944. ADA 201 W 69)
NB : Les rapports étant publiés en début de mois, la période concernée est le mois précédent. Ils sont adressés à Vichy.
Novembre 1940 :
- La Révolution Nationale se heurte aux pesanteurs de la société.
« Un peu plus de la moitié des suffrages iraient (…) au gouvernement si le parlementarisme ressuscitait. »
Décembre 1940 :
- Le prestige personnel du Maréchal s’est accru. Mais la population adhère-t-elle à sa politique ?
Janvier 1941 :
- Le départ de Laval est approuvé, le Maréchal est admiré, mais plus d’une mesure gouvernementale est critiquée. Une population anglophile.
Février 1941 :
- L’Union Catholique, soutien fervent du régime.
- Nécessité de contrôler l’activité syndicale du Bassin Houiller.
- « Les plus violents font la loi par la Terreur le plus souvent ».
Mars 1941 :
- « La grande figure du Maréchal Pétain s’impose de plus en plus »
- La population n’accepte pas l’idée de collaboration.
- Le Gaullisme paraît en progrès.
Avril 1941 :
Le Chef de l’Etat est « épargné », mais le Gaullisme rencontre un écho favorable. "Si le bulletin de vote était remis entre les mains du peuple, le résultat serait catastrophique". (Commentaire du Préfet, en marge : « assez exact, à éviter ».
Mai 1941 :
- Difficultés du ravitaillement et cherté de la vie.
- Les réquisitions allemandes sont dénoncées.
Juillet 1941 :
- Rejet de la « Collaboration » (sic).
- La Révolution Nationale se heurte à de nombreuses résistances.
Août 1941 :
- Mgr Challiol s’adresse à ses diocésains et se montre un ferme soutien du Maréchal « afin de ramener au bon sens les esprits égarés ».
Septembre 1941 :
- Des critiques nombreuses à l’égard de la Légion.
- Les difficultés de ravitaillement sont exploitées par les Communistes.
Novembre 1941 :
- Le ravitaillement est la principale préoccupation.
- « Le marché noir est de plus en plus prospère ».
- De nombreuses doléances vis-à-vis de la Légion.
- Une opinion publique partagée « dénigrement » d’un côté, « déception » de l’autre.
Février 1942 :
- L’opinion publique dans le Bassin est de plus en plus convaincue la victoire finale des « démocraties » (sic). Certains chrétiens ne sont pas assez fidèles à l’esprit de la Révolution Nationale.
Avril 1942 :
- Le paysan est sceptique et ne croit plus aux promesses.
- Il est souvent hostile au gouvernement sans excepter le Chef de l’Etat.
Mai 1942 :
- « Les changements dans le gouvernement ont excité les imaginations ».
- Vives critiques à l’égard de la Révolution Nationale.
- Ses partisans craignent qu’elle ne soit « torpillée ».
Juillet 1942 :
- Réactions diverses au discours de Laval (22 juin 1942) souhaitant la victoire de l’Allemagne. Trop de membres du clergé ne s’aligneraient pas sur Vichy.
- Propagande gaulliste active, méfiance vis-à-vis des anglais.
Octobre 1942 :
- « La Révolution Nationale se heurte de plus en plus à l’hostilité, au scepticisme, à la mauvaise humeur ».
Novembre 1942 :
- La Relève : beaucoup s’y dérobent, dont certains Légionnaires très favorables à la collaboration.
- Le paysan est accusé de triche « L’esprit de lucre » fait des progrès rapides.
- « Union derrière le Maréchal toujours aussi malaisée ».
Janvier 1943 :
- Etat de division de l ’opinion subsiste.
- Les « événements de l’Afrique du Nord et surtout de Toulon » n’ont pas augmenté le nombre de partisans de la Collaboration (sic).
- Difficultés matérielles importantes.
- Les lenteurs de la Révolution Nationale sont ciblées.
Mars 1943 :
- Inquiétude accrue par le STO, intensification de la Relève.
- Dans le Bassin, la population est favorable aux alliés.
Mai 1943 :
- Des départs de la Vieille Montagne au titre de la Relève et du STO.
- Les ouvriers actuellement en Allemagne se plaignent de la nourriture.
Juillet 1943 :
- Ravages dans l’opinion provoqués par le STO.
Août 1943 :
- Beaucoup de gens escomptent une fin très prochaine de l’occupation allemande.
- Mais, les « fidélités » au Maréchal subsistent
Septembre 1943 :
- La politique du gouvernement n’est pas acceptée par les mineurs.
- Très peu de paysans croient au péril communiste.
- Indifférence à la Légion.
Octobre 1943 :
- Dans les mines, la fin de la guerre est considérée comme proche.
Janvier 1944 :
- Calme trompeur dans le Bassin Houiller.
Avril 1944 :
- Extrême réserve de l’opinion, aggravation de la situation.
Commentaire de ces rapports
D’après P. Laborie, les rapports officiels intègrent dans leur contenu des essais d’analyse sur la sociologie, aussi bien des forces de soutien que des forces hostiles à la politique du gouvernement.
L’étude de l’opinion publique dans le Bassin Houiller est particulièrement surveillée. (2 hypothèses possibles : une demande de Vichy, le bassin étant un foyer républicain de gauche avec de nombreux mineurs étrangers et la présence de Paul Ramadier ou une initiative du secrétaire local à l’information).
Des éléments de langage révélateurs
Les rapports officiels contiennent de plus en plus souvent des éléments de langage révélateurs « rarement exempts d’arrière-pensées » (P.Laborie)
Quelques exemples : « les milieux nationaux », « les tenants du Front Populaire qui offrent peu de garanties de repentir », « la Révolution Nationale se heurte de plus en plus à l’hostilité, au scepticisme, à la mauvaise humeur », « les intoxiqués qui sont devenus incapables d’écouter la radio française », « les français sont « guérissables’, mais en
attendant une cure sérieuse »
L’opinion aveyronnaise, Pétain et son entourage
Sur toute la période, la personne du Maréchal conserve un grand prestige (vainqueur de Verdun) surtout de 1940 à 1941. Pierre Laborie dans « L’opinion française sous Vichy » exprime « un puissant maréchalisme de sentiment… » : « Dès 1942, et surtout 1943 apparaissent des craintes concernant surtout son entourage.
L’opinion aveyronnaise et le gouvernement
« Une hostilité viscérale à la collaboration » (P. Laborie)
- Laval et sa politique sont critiqués, son départ en 1941 est salué, sa politique de collaboration est rejetée, surtout à partir de l’été 1942.
- Les autres ministres sont peu contestés, de nombreuses mesures sont critiquées, l’administration est souvent jugée peu efficace (pour quelles raisons ?).
L’opinion aveyronnaise et la Révolution Nationale
La Révolution Nationale est mal appréhendée par une opinion restée sur ses valeurs, ses modes de pensée ; Quelle est l’influence réelle des soutiens officiels à la Révolution Nationale tels que la presse et le haut clergé ? Dès 1941, l’opinion est partagée, l’attentisme est l’opinion la plus répandue, pour certains la collaboration ne se fait pas assez vite, pour d’autres, elle existe réellement.
En 1942, ses partisans craignent qu’elle ne soit torpillée et elle se heurte de plus en plus à l’hostilité, au scepticisme, à la mauvaise humeur. En 1943, les lenteurs de la Révolution Nationale sont dénoncées.
L’opinion aveyronnaise et la Légion
Dans les milieux nationaux et chez les anciens combattants, beaucoup d’inquiétude et de malaise concernant le recrutement. Il y aurait trop d’éléments gaullistes dans la Légion, « trop de membres n’y auraient pas leur place », son fonctionnement et sa volontéd’hégémonie sont critiqués. Il lui est reproché de ne pas répondre à la Relève.
Le Gaullisme
Le Gaullisme est présent de façon permanente sur la période, avec toutefois des fluctuations difficiles à appréhender.
L’influence de l’Eglise
Elle est présente et d’un grand poids sur l’ensemble du département, moindre dans le Bassin Houiller. Mgr Challiol « ramène au bon sens les esprits égarés et les éclaire sur leurs devoirs vis à vis du gouvernement et plus particulièrement du chef de l’Etat ». Mais, certains milieux se montrent plus nuancés vis-à-vis de Vichy : « trop de membres du clergé font la distinction entre Staline et Hitler ».
Le ravitaillement, le marché noir
Il s’agit d’une préoccupation constante sur toute la période, les causes principales du mécontentement sont : les réquisitions allemandes, la mauvaise organisation du ravitaillement, le clivage citadins et ruraux. En 1941, le marché noir est de plus en plus prospère. En 1942, « l’obsession quotidienne des restrictions explique une détérioration accusée du moral » (P. Laborie) En janvier 1943 « les difficultés matérielles de chaque jour occupent beaucoup plus les esprits que la conjoncture politique ».
Images données des catégories sociales
Les rapports officiels présentent souvent des opinions tranchées et dépourvues de nuances, mais révélatrices d’un état d’esprit :
- Le paysan est présenté comme un profiteur, tricheur, mais qui trime beaucoup, il fait souvent preuve de scepticisme et d’esprit critique, fait souvent du marché noir, montre un esprit de lucre, esprit individualiste mais capable de secourir les plus en difficulté.
- L’ouvrier « travaillé par du mauvais esprit », souvent de gauche, avec à sa tête « des syndicalistes bon teint », l’activité syndicale est présentée comme extrémiste, une forme légale mais camouflée d’agitation politique, il n’est pas un bon patriote, il est facile à
exploiter par l’élément communiste.
L’opinion aveyronnaise vis-à-vis de l’Allemagne
Un sentiment général de germanophobie constant sur la période, et aggravé à partir des réquisitions. Le principe de collaboration n’est pas accepté, la Relève et le STO , jugé trop rapide en juillet 1943 accentuent ce sentiment ( a-t-il accéléré les départs vers les maquis ?) .
L’opinion aveyronnaise vis-à-vis de l’Angleterre
La BBC est très écoutée, en janvier 1941, on mise davantage sur le succès des Anglais. Mais l’Union Catholique combat avec ténacité l’anglophilie.
Opinion publique : rapports du chef du service départemental d’information
(GALTIER Augustin RG) (ADA 201 W 69)
Novembre 1940
14 novembre 1940 : La Révolution nationale est trop étendue, est trop profonde, les leçons de l'expérience trop inaccessibles à beaucoup d'esprits, l'immensité de la catastrophe trop difficile à concevoir, les intérêts égoïstes trop obsédants, le parti-pris, les idéologies ou simplement les habitudes trop tenaces, pour que l'union des esprits et des volontés puisse s'établir au moins aussi rapidement. Les positions politiques ne semblent pas avoir changé. Un peu plus de la moitié des suffrages, disent les connaisseurs, iraient donc au gouvernement, si le Parlementarisme ressuscitait. Dans l'enseignement, à en juger par quelques conversations, il est vraisemblable que les maîtresses victimes de l'éducation reçue et donnée, ne se sont pas guéris en quelques mois; Dans ce monde de l’enseignement primaire aveyronnais, la lutte anti cléricale et anti religieuse a été plus âpre, peut-être qu’ailleurs parce que le clergé y est resté nombreux et y a gardé du prestige.
Quant à l'opinion positivement hostile, de bons esprits estiment qu'il n'y a pas à s'en préoccuper outre mesure. Le Journal, surveillé par la Censure ne peut plus l'attiser, la prudence la contient, et surtout la perte du bulletin de vote la désarme en grande partie. On estime donc qu'il suffit que le gouvernement soit énergiquement lui-même pour que les heureux effets de ses réformes finissent par ouvrir les yeux à tous les gens de bonne volonté.
Le paysan : Il y a aussi chez lui de la décadence morale, surtout depuis 1918...En général, l'homme de la terre, qui échappe à la radio, admire le Maréchal Pétain. Mais de là à comprendre unanimement l'étendue du désastre et la nécessité de tous les sacrifices, il y a loin, surtout dans certaines régions...Il sait qu'il se tirera d'affaire mieux que personne, mais pas à lui tout seul. Il trime beaucoup, il n'a pas profité pendant la guerre d'affectations spéciales et il observe jusqu'où vont les sacrifices des autres. Il ne suit pas les mots d'ordre d'un Parti, mais, s'il se croit lésé, il garde ses produits.
L'ouvrier : A la mine, la population est calme. Cependant, travaillé par de mauvais esprits, elle a tendance à rendre le gouvernement responsable des difficultés crées par la défaite, dont on ne veut pas voir qu'elle résulte des erreurs antérieures. On dit souvent que la guerre a été déclarée par les Partis de droite pour reprendre aux ouvriers les avantages obtenus. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info.).
Décembre 1940
31 décembre 1940 : Les voyages du chef de l'Etat ont encore accru son prestige personnel. Mais, il est malaisé de préciser dans quelle mesure les esprits s'adaptent à l'œuvre du gouvernement, et ce qu'il y a derrière la façade. L'état de calme et d'attente recouvre évidemment des sentiments très divers : d'après certains, la radio anglaise serait de plus en plus écoutée et les Gaullistes fort nombreux.
La propagande : Beaucoup sont inquiets des ravages causés par les Radios étrangères. Ils demandent que le brouillage soit vraiment efficace et accompagné souvent d'un exposé fait par la radio française." (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Janvier 1941
29 janvier 1941 : Le départ inattendu de M.Laval n'a pas nuit au prestige du Maréchal Pétain, au contraire. Cette décision témoigne à nouveau d'une volonté de chef, qui tranquillise, alors même que l'on ignore les motifs de sa décision; Le Directeur de l'information redoute l'expression d'un désir de revanche. La tendance à se rallier au Maréchal serait freinée, dit-on, si des excitations politiques venaient ranimer des querelles qui ne sont pas oubliées...D'une façon générale, on mise davantage sur le succès des Anglais...Il est plus important de signaler que si la personnalité du Maréchal s'impose de plus en plus, si la plupart de ses collaborateurs sont incontestés, plus d'une mesure est critiquée comme ne correspondant pas aux intentions du chef de l'Etat.
Millau : dans les usines et ateliers de la circonscription de la Chambre de Commerce de Millau, comme dans les bureaux et magasins, le portrait du Maréchal Pétain et ses discours aux Français sont affichés par les soins de cette Chambre. La mise d’anciens communistes en camps de concentration (à préciser) n’a pas provoqué de réaction ni d’étonnement, il ne faut cependant pas croire que leurs fidèles ont tous désarmé. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. info.).
Février 1941
28 février 1941 : Le rapport du Directeur de l'information note : les remarquables progrès du Journal quotidien départemental l'Union Catholique qui prêche ardemment la totale confiance à l'égard du Gouvernement et combat avec ténacité l'anglophilie. Par ailleurs, il dénonce les intoxiqués qui sont devenus incapables d'écouter la Radio Française...il serait sans doute souhaitable que la grande voix du Chef de l'Etat se fasse entendre à nouveau. L'ouvrier : dans le Bassin Minier comme ailleurs, par exemple, dans les usines de la Truyère, la Direction n'exclut pas la possibilité d'un regain d'activité syndicale extrémiste qui permettrait aux éléments douteux de reprendre l'agitation politique en la camouflant sous une forme légale. C'est d'ailleurs cette forme, déjà connue en 1936-38, que les dirigeants du Communisme préconisent actuellement pour l'action de leurs militants, en exploitant parmi les syndicalistes bon teint le mécontentement créé par la vie chère et les difficultés nées de la défaite... Il est indispensable que ceux qui ont la responsabilité de la marche d'une affaire retrouvent la possibilité de se débarrasser des éléments mauvais, et que l'activité syndicale ne reprenne pas sans contrôle, les ouvriers ayant assez montré qu'il leur est difficile, livrés... à eux-mêmes, de se conduire raisonnablement, parce que les plus violents font la loi, par la Terreur le plus souvent". (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép. d'info.).
Mars 1941
28 mars 1941 : La grande figure du Maréchal Pétain s'impose de plus en plus aux gens raisonnables qui ne discutent plus son autorité personnelle. Mais, l'idée de la collaboration allemande n'est pas mieux acceptée : les mesures prises pour la correspondance et l'envoi des colis aux prisonniers provoque beaucoup d'amertume, les incidents, vrais ou faux, rapportés par les uns ou les autres sur ce qui se passe en zone occupée ou interdite, les multiples et très importantes réquisitions effectuées en zone libre pour le compte des Allemands, dit-on, indisposent les esprits qui tendent à penser comme en zone occupée et laissent à nouveau apparaître pour l'Angleterre une sympathie à laquelle les affaires de Mers-el-Kébir et Dakar avaient porté un rude coup. L'idée nationale semble avoir fait des progrès dans le Bassin Houiller (fête donnée par le Secours National), mais ailleurs, c'est le Gaullisme qui paraît en progrès, l'influence de la Radio étrangère étant de plus en plus étendue et profonde... On constate dans des milieux nationaux et chez d'Anciens Combattants beaucoup d'inquiétude et de malaise. Il en est qui retardent leur entrée à la Légion, parce que les éléments gaullistes y sont, à leur avis, trop nombreux, du moins dans certaines régions, et trop approuvés par diverses autorités. On trouvait aussi que dans la dissolution ou le maintien des municipalités tout se passe comme si des influences payaient les voix briguées naguère parmi les plus extrémistes du Front populaire ou satisfaisaient des rancunes électorales d'avant-guerre. Commentaire en marge du Préfet : allusion au maintien possible du Maire de Decazeville, réglé aujourd'hui dans le bon sens. Les travailleurs étrangers… n’ont aucune pudeur à faire le cumul de ressources diverses et ironisent ensuite à l’égard des français soucieux de plus de retenue et de dignité. (ADA 201 W 69 et 11 MC7-26. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.)
Avril 1941
30 avril 1941 : L'esprit d'opposition, s'il épargne le Chef de l'Etat que certains affectent de plaindre (commentaire en marge du Préfet de critiquer plutôt) fait des progrès à mesure que les gênes sont plus pénibles et que la population, jusqu'ici favorisée par la situation géographique et la variété des ressources locales, se rend compte de ce que signifie la défaite...de plus en plus nombreux, semble-t-il sont ceux qui considèrent le Gaullisme comme le meilleur de leurs intérêts, de leur rancune, de leurs déceptions, de leurs chimères. Il devient de plus en plus difficile de demander à quelqu'un de ne pas se laisser posséder par une seule idée...des potaches croient collaborer à la renaissance française en inscrivant "Vive De Gaulle" sur le tableau noir ou dans les rues. Et parmi les maîtres, il en est qui ont naturellement beaucoup de peine à se dégager des décombres de leurs principes écroulés. De bons observateurs estiment que, si le bulletin de vote était remis entre les mains du peuple, le résultat serait catastrophique. (commentaire du Préfet en marge :assez exact, à éviter). Attitude des travailleurs étrangers jugée souvent avec beaucoup de suspiscion. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Mai 1941
31 mai 1941 : Le Gaullisme serait en décroissance nette dans quelques régions. A Rodez même, l'admiration pour les dissidents et la confiance en l'Angleterre serait moins ferme chez plus d'un. La réaction, d'ailleurs trop tardive, de la radio française, et quelques réflexions sur les événements commenceraient à porter des fruits. Mais, dans cette ville, par exemple, d'autres témoins ont une impression très différente. Non que les difficultés y soient plus aigües qu’ailleurs ; au contraire ; mais là comme ailleurs le Gaullisme des petites villes...sert surtout à entretenir des illusions, à protester contre la défaite sans qu'on ait à se demander si on ne l'avait pas mérité, à manifester l'indiscipline, à satisfaire l'gnorance et l'orgueil que l'on confond avec la liberté d'esprit, à camoufler la préparation de revanches si possibles électorales, à grouper les mécontentements... Si les enfants donnent généralement leur cœur au Maréchal, la jeunesse de 16 à 20 ans, malgré quelques bons éléments, donne l'impression de se déprendre très malaisément du laisser-aller des temps faciles. Parmi les maîtres, il en est qui comprennent mal, prenant pour des brimades; le recul des vacances au 31 juillet, la suppression du discours d'usage dans les distributions de prix, la présence dans les Jurys des Bourses de membres de l'Enseignement Libre. Ce qui préoccupe plus que ces reliquats des mœurs d'avant-guerre, c'est l'effet moral produit par les difficultés du ravitaillement et la cherté de la vie. Ce n'est pas le blocus anglais que l'on accuse en général, mais les réquisitions allemandes qui sont, dit-on, massives et fréquentes. Toutes sortes de précisions incontrôlables circulent à ce sujet. De plus, on voudrait être sûr que l'impossible est fait par tous les organisateurs du ravitaillement. A cet égard, le scepticisme est grand et trop de faits le justifient...En somme, les uns sont mécontents, parce que la Révolution nationale se fait, les autres parce qu'elle ne se fait pas (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info.)
Juillet 1941
1° juillet 1941 : D'un mois à l'autre, une différenciation serait possible, si l'importance et l'imprévu des évènements stimulaient inévitablement l'activité des esprits. Il semble, au premier abord, que les évènements de Syrie, les appels du Chef de l'Etat et du Vice-Président du Conseil, la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie, comme aussi au point de vue économique, les conditions un peu meilleures de ravitaillement qui commencent à résulter de quelques récoltes au printemps, doivent différencier les observations présentées en juin de celles de mai dernier. Il n'en est rien, autant que j'en puisse juger par quelques observations que je ne voudrais pas généraliser. Ce souci du pain quotidien rétrécit encore l'horizon si borné de chacun. La masse semble continuer à penser que les privations subies sont le seul effet de la Collaboration; et à se figurer qu'avant la guerre, si l'on était dans les mains des Anglais, on avait du moins la liberté. J'ai déjà eu l'occasion de noter que le Gaullisme est assez bien porté... On trouve de plus en plus, chez d'ardents partisans de la Révolution Nationale qui savent pourtant que tout ne peut se faire en un jour, un sentiment d'impatience presque découragée. Les formalités et les lenteurs auxquelles on se heurte dans des bureaux administratifs, la persistance ou l'aggravation des mœurs que le gouvernement veut extirper, le retour ou le maintien de tel ou tel aux postes de direction ou d'oppression, la nomination de quelque incompétent, tout cela est commenté avec tristesse et une irritation contre lesquelles on lutte de moins en moins. Comme il a été dit dans des rapports précédents, l’idée que la France est vaincue et que la défaite a des effets inévitables ne fait aucun progrès et ce n’est pas la guerre que Hitler fait à Staline qui dispose à mieux accepter la politique de collaboration. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép.d'info).
Août 1941
6 août 1941 : Situation politique : Monseigneur Challiol, Evêque de Rodez, a adressé à ses diocésains, afin de ramener au bon sens les esprits égarés et de les éclairer sur leurs devoirs vis à vis du gouvernement et plus particulièrement du chef de l'Etat. Ces recommandations confirment les renseignements donnés dans les rapports précédents sur l'état d'esprit où, trop nombreux sont ceux qui ne veulent pas voir que les difficultés sont souvent plus fortes que les hommes ». Parmi ceux qui considèrent les textes du Maréchal comme un impérissable monument de sagesse politique et qui sont sincèrement attachés à la Révolution Nationale, on en rencontre peut-être de plus en plus qui s’inquiètent. (ADA 201W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info).
Septembre 1941
2 septembre 1941 : situation générale : Rien de nouveau à signaler. L'état de l'esprit public semble bien en général continuer à justifier trop amplement le message du 12 août. Il serait vain de relever tous les témoignages d'incompréhension. Si Monsieur Pétain croit nous contenter en nous privant de vin et de tabac ou encore ; Les Anglais dirigeaient la France, au moins avec eux, on avait des avantages ... Dans la Légion même, il y a à faire, si l'on en croit les plus sérieux de ses membres. Tel Président cantonal ne cache pas ses sentiments gaullistes, tel militant de l'Ancien Régime proclame que s'il est légionnaire, il n'en reste pas moins fidèle aux idées politiques pour lesquelles il a combattu. Le peuple, avec lequel ont été réussies les élections de 1936, est évidemment mal armé contre les confusions intellectuelles. Devant ce spectacle, chez plus d'un qui devrait servir dans la Légion, c'est l'hésitation, le doute, la peur d'être dupé... L'ouvrier : le malaise causé par les difficultés de ravitaillement parmi une population qui, dans sa majeure partie, comprend mal la situation, est facile à exploiter par l'élément communiste, dont on a l'impression qu'il n'a pas désarmé dans le Bassin Houiller et qu'il attend son heure. Mais ceci est l'affaire des services de police. (ADA 201 W 69. Rapports du chef du serv.dép.d'info).
Novembre 1941
10 novembre 1941 : observations générales : Le problème qui préoccupe le plus est celui de la nourriture. Beaucoup ont un mauvais moral, parce qu'ils ne mangent pas assez, et que le souci du ravitaillement de demain les obsède. A cet égard, il semble que l'antagonisme grandisse entre les milieux urbains et ouvriers d'un côté et les paysans de l'autre, ceux-ci étant accusés de profiter à l'excès de leur situation privilégiée. Il est probable que les ennemis, français et étrangers, du régime nouveau, ne manquent pas de provoquer ou d'aigrir ces accusations, dont ils espèrent tirer profit. Mais, il est sûr qu'on les trouve dans la bouche de gens qui connaissent bien le pays, et dont le jugement est pondéré...Le marché noir est de plus en plus prospère...on ne peut compter que les paysans, mis dans l'obligation d'être des héros et des saints, résisteront mieux aux tentations, aux insistances, à la faculté des tricheries que ne feraient sans doute à leur place les citadins et les ouvriers... L'état d'esprit de la population, c'est en somme le plus souvent l'état du ravitaillement. Ce qu'on appelle "opinion" n'évolue guère. L'interdiction de la radio anglaise a été beaucoup trop tardive.
A la campagne, le vainqueur de Verdun est respecté, mais en général, on voterait contre son gouvernement. Quant à la Légion, il y a, là-aussi, des doléances inévitables, toute Révolution
ayant des profiteurs ou ses convertis faiseurs de zèle, ou ses suiveurs qui réservent l'avenir et aussi ses impatients. On s'y plaint que la prudence ou le calcul y aient introduits des membres qui ne sont pas à leur place. On y est plus attentif qu'ailleurs à remarquer la nomination à telle fonction, plus ou moins provisoire, de tel ou tel candidat, accusé de médiocrité, mais qui peut invoquer l'appui de telle haute personnalité de Vichy, et qui en montre, dit-on, la preuve écrite. La République des camarades continue disent Légionnaires comme paysans... Ce qui est sûr, c'est que l'on sent souvent dans une partie de l'opinion le dénigrement, dans l'autre la déception. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info.).
Décembre 1941
3 décembre 1941 : Développement outrancier du fonctionnarisme et de la paperasse, principalement concernant le ravitaillement. Cransac, le 11 novembre 1941 : Un certain nombre d'ouvriers, inoccupés sur la place publique ont regardé avec indifférence et désinvolture les quelques personnes venues se recueillir devant le monument aux morts et le défilé des écoles. Cependant qu'à Decazeville la fête de la Légion a été vraiment réussie. D'une manière générale, depuis le message du 12 août qui a crevé un abcès, il y a moins d'effervescence et de discussions. La visite de Mr Lamirand aux jeunes a produit un effet excellent, d'autant plus qu'à Aubin et Cransac, ils se jugent délaissés. Beaucoup de discours certes, mais on voudrait des réalisations. A propos de l’enseignement : « s’apercevoir que l’on s’est trompé et le reconnaître demande un effort que l’on ne peut demander au grand nombre. Les progrès de l’inculture et du syndicalisme politicien d’avant-guerre, l’habitude du manuel ne facilite pas la révolution que l’on serait obligé d’exercer sur soi-même. Il a besoin de croire à ce qu’il enseigne. Pour qu’il enseigne en histoire, souvent le contraire de ce qui lui semblait la vérité, il faut que soit démontrée la partialité ou l’erreur de l’enseignement d’hier ». (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info.).
Janvier 1942
3 janvier 1942 : « J’ai déjà eu l’occasion de noter l’opinion assez répandue d’après laquelle des tenants de l’ancien régime bénéficieraient à Vichy d’une haute protection. »
Février 1942
1° février 1942 : pas de progrès à signaler dans ce qu'on appelle l'opinion. Dans le Bassin houiller par exemple, on est de plus en plus convaincu de la victoire finale des démocraties; on se répète avec complaisance les renseignements de sources diverses tendant à prouver la démoralisation de l'Allemagne. On compte ainsi que la France va retrouver ce dont elle est privée, l'atmosphère de bataille électorale et l'épanouissement de revendications constantes... Cet état d'esprit n'est pas ignoré parmi les démocrates-chrétiens plus démocrates que chrétiens. Ces chrétiens, ne sont pas assez fidèles à l'esprit de la Révolution Nationale. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép.d'info.)
Avril 1942
3 avril 1942 : - Bombardement de Paris : la réprobation suscitée par le bombardement de Paris n'a pas été unanime. Opinion publique : le paysan : Mécontentement général, dit-on. Ce n'est point qu'il (le paysan) n'accumule les billets de banque. Mais, il n'aime pas à thésauriser du papier. Il n'en trouve pas l'emploi... Si le paysan veut améliorer les bâtiments, il faut remplir beaucoup d'imprimés pour s'entendre dire que le dossier arrive après des milliers d'autres, que d'ailleurs, il n'y a pas de ciment etc., etc... Le paysan est têtu dans son scepticisme. Il ne croit plus aux promesses. Il est indifférent aux discours. Du reste, comme je l'ai déjà indiqué, il est dans plus d'une région très hostile au gouvernement sans excepter le chef de l'Etat lui-même (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Mai 1942
4 mai 1942 : Rien de nouveau à signaler. Les changements dans le gouvernement ont beaucoup excité les imaginations. La propagande chuchotée semble très active. Un mot souvent utilisé est celui de socialisme, récemment employé dans son message par le chef du gouvernement (NB Laval). Le gouvernement emprisonne Blum et est obligé de lui emprunter ses idées. ».(ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Juin 1942
3 juin 1942 : opinion publique : On ne s'étonnera pas que les évènements de Madagascar n'aient pas suscité une indignation unanime. Les très nombreux fidèles de la radio anglaise n'ont été aucunement ébranlés. Parmi eux, de fort braves gens. Et leur état d'esprit est très contagieux... Mauvaise volonté; incompétence; trop de fruits secs dit-on couramment. Les partisans de la Révolution Nationale craignent qu'elle soit torpillée et les autres exploitent avec âpreté et allégresse les occasions de critiques". (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Juillet 1942
11 juillet 1942 : Je ne suis pas encore suffisamment informé des réactions produites par la récente allocution du chef du Gouvernement, en particulier dans les milieux ouvriers. Il semble qu'ailleurs la résistance soit moins grande qu'on aurait pu s'y attendre. On entend dire "après tout, il a peut-être raison". Les milieux catholiques ne sont cependant pas par définition plus favorables que les autres. L'idée d'une réconciliation franco-allemande se heurte, dit-on, chez trop de membres du clergé à la conviction que Staline vaut mieux qu'Hitler, la persécution brutale étant préférable à la persécution sournoise, et l'hitlérisme étant un dangereux corrupteur de la jeunesse. Il y a des démocrates chrétiens pour qui le communisme est sans doute une erreur, mais très sympathique, et pas si fausse que cela...La propagande gaulliste ne cesse pas d'être active. Les évènements de Cyrénaïque ont cependant jeté un froid. Certains commencent à avoir des doutes sur l'appui à attendre des Anglais... Protestation contre la sévérité des examens du Certificat d’études. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info).
Octobre 1942
10 octobre 1942 : On ne peut noter aucun changement heureux... La Révolution Nationale se heurte de plus en plus à l'hostilité, au scepticisme, à la mauvaise humeur. La radio anglaise n'a rien perdu de son prestige, au contraire, et les passions ou les intérêts égoïstes continuent à être les plus forts...". (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Novembre 1942
3 novembre 1942 : La Relève : A Rodez, des ouvriers qui semblaient d'abord disposés à s'inscrire pour la Relève, ont été ensuite brusquement détournés. On a entendu des propos comme ceci : il n'y a que les imbéciles qui partent, ou les vendus. Les prisonniers sont en Allemagne, "qu’ils y restent; maintenant, ils sont habitués". Les jeunes se sont dérobés en s'engageant dans l'armée, où ils n'ont, leur a-t-on dit, rien à craindre. En ce qui concerne les mines, l'envoi de spécialistes en Allemagne ne toucherait que le personnel d'entretien, les ouvriers du fond, des lavages et des cokeries étant exclus. L'ingénieur en chef du service des Mines a exposé aux comités sociaux l'essentiel de la question. Les effectifs à fournir, primitivement fixés à 6 pour Aubin et 12 pour Decazeville seraient majorés de 50%. Ce nombre relativement faible suffit à provoquer de l'inquiétude. Les volontaires seront rares et probablement étrangers. Parmi le personnel français, il et à peu près certain qu'on attendra la Réquisition... Les opposants ne manquent pas de dire que certains légionnaires, plus zélés que la moyenne, et particulièrement favorables à la Collaboration n'ont pas donné l'exemple de l'enrôlement volontaire, ils partent les premiers, (dit-on), nous verrons ensuite. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Le paysan : Il (le paysan) a donc à l'endroit de l'administration en général un esprit critique fort en éveil s'autorise des erreurs administratives, réelles ou supposées, pour glisser autant qu'il peut entre les mailles. Et l'esprit de lucre, terriblement favorisé par les circonstances, fait des progrès rapides, assure-t-on de divers côtés (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
30 novembre 1942 : Ce que le Maréchal a dit plusieurs fois du désordre des esprits demeure vrai. L'union derrière le Chef de l'Etat semble toujours aussi malaisée. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Janvier 1943
1° janvier 1943 : Il est difficile de dégager une tendance générale, le trouble des esprits étant accru par celui des derniers évènements et la rééducation du peuple français, notamment en ce qui concerne l'obéissance, étant à faire. Il semble que l'état de division, facile à constater dans tous les milieux, y compris le clergé, subsiste, et que les évènements de l'Afrique du nord et surtout de Toulon, n'aient pas augmenté le nombre des partisans de la Collaboration. Peut-être cependant, l'enthousiasme suscité chez beaucoup par l'arrivée des Américains est-il un peu en baisse. Il y a d'autre part quelques symptômes heureux parmi une petite minorité de la jeunesse. Les Français, pense-t-on souvent, sont très "guérissables", mais en attendant une cure sérieuse, il est essentiel que la France ne meure pas. Du reste, les difficultés matérielles de chaque jour occupent beaucoup plus les esprits que la conjoncture politique. Parmi ceux qui se soucient de cette dernière, plus d'un se dit découragé par les lenteurs de la Révolution Nationale, par l'admission dans la Légion de ralliés suspects et, placés à de bons endroits par les sévérités pratiquées à l'égard des petits fonctionnaires tandis que les grands coupables sont impunis par la persistance des mœurs parlementaires même et surtout à Vichy,...il n'est pas rare d'entendre dire par les partisans du Maréchal qu'il est moins fort que l'administration, les bureaux, les anciens partis et que rien n'est changé. Il serait sans doute utile que la propagande mette en relief, d'une manière simple, rapide, concrète, tout le bilan positif de l'œuvre accomplie. L’entrée des troupes d’occupation dans la région n’a pas provoqué de troubles apparents. L’attitude générale semble celle de l’expectative avec une méconnaissance fréquente des heures que l’avenir prochain peut réserver. (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du serv.dép. de l'info.)
Mars 1943
4 mars 1943 : rien de nouveau à signaler, sinon l'inquiétude accrue du fait de la loi sur le Travail Obligatoire, de l'intensification de la Relève, de l'annonce par le Chancelier du Reich de l'obligation de collaborer plus pleinement à la lutte contre le bolchevisme.
Bassin houiller : dans le bassin houiller, les gens ne font pas mystère de ce qu'ils pensent, qu'il s'agisse des succès russes ou de l'arrivée des anglo-américains en Afrique du nord.; A Viviez comme ailleurs, il y a doute dans la masse ouvrière sur l'énergie et la droiture avec laquelle est poursuivie la réalisation de la politique sociale du Maréchal, ce qui retarde l'adhésion au gouvernement (ADA 201 W 69. Rapports mensuels du chef du service dép. d'info.).
31 mars 1943 : les effets de la presse ? En ce qui concerne les sentiments gaullistes, les avis sont partagés...les efforts de la presse locale seraient efficaces à condition que le public y cherche autre chose que les arrêtés sur le ravitaillement. Mais, lire un article de politique pro-gouvernementale demande non seulement quelque liberté d'esprit, mais un effort dont la radio a déshabitué. On préfère écouter passivement tout ce qui flatte les partis-pris ou les chimères. Les bruits les plus invraisemblables trouvent créance. Des bourgeois très enrichis souhaitent la victoire russe ». (ADA 201 W69. Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Mai 1943
1° mai 1943 : Quelques ouvriers ont quitté les usines de la Vieille Montagne, dont 90 au titre de la Relève et 9 au titre du Service obligatoire du Travail. (ADA 201 W 69- Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
29 mai 1943 : La liaison se maintient régulière avec les ouvriers actuellement en Allemagne. Ceux-ci signalent des insuffisances dans la nourriture... (ADA 201 W 69-Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Juillet 1943
1°juillet 1943 : Le départ des jeunes pour l'Allemagne n'aide pas les esprits à comprendre la situation et à se calmer. On se plaint que le départ doive suivre immédiatement l'avertissement et que quelques jours ne soient pas laissés par exemple à ceux qui ont leur famille à revoir ou quelques préparatifs à faire. On se plaint aussi que le voyage en France Libre ait pu donner l'impression du désordre, de l'incurie, et de l'indifférence à l'égard de cette jeunesse. (ADA 201 W 69-Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Aout 1943
7 août 1943 : On peut présumer que beaucoup de gens escomptent une fin très prochaine de l'occupation allemande. D'autre part, les fidélités au Maréchal subsistent. (ADA 201 W 69-Rapports mensuels du chef du serv. dép. de l'info.).
Septembre 1943
4 septembre 1943 : Chez les mineurs- aucun changement- sauf une tendance plus accusée à ne pas admettre la politique gouvernementale. Dans les chantiers, la discipline est moins facile à faire observer, surtout de la part des jeunes ouvriers ou de certains étrangers (anciens miliciens espagnols en général) ... Très peu de paysans croient au péril communiste. Les appels à l'union lancés à ce sujet par la Légion les laissent indifférents. Ils haussent les épaules devant les affiches. La radio anglaise est du reste très écoutée. » (ADA 201 W 69-Rapports mensuels du chef du serv. dép. d'info.).
Octobre 1943
2 octobre 1943 : Dans les mines, la fin de la guerre est considérée comme proche... (ADA 201 W 69-Rapports mensuels du chef du serv. dép.d'info.).
Janvier 1944
4 janvier 1944 : Bassin houiller : Dans le bassin houiller, la population reste calme, mais cet opportunisme pourrait rapidement faire place à de la nervosité, si les circonstances amenaient quelques meneurs à exercer plus largement leur action. (ADA 201 W 69 serv.dep).
Février 1944
2 février 1944 : à Aubin, la direction signale que si la population reste calme, il convient de ne pas perdre de vue une partie de la main d’œuvre espagnole recrutée parmi les effectifs de l’ancienne armée rouge réfugiée en France.
Avril 1944
29 avril 1944 : D'une manière générale, l'opinion, autant que l'on puisse en juger, se tient sur une extrême réserve. L'aggravation de la situation rend prudents les commentaires.» (ADA 201 W 69).
Juin 1944
3 juin 1944 : Viviez : la direction signale tout particulièrement la nervosité de l’opinion publique. « Une panique s’est emparée du personnel…cela parce qu’on affirmait que les allemands allaient faire une expédition punitive dans le Bassin Houiller. Il serait désirable qu’on fît la chasse aux propagateurs de fausses nouvelles, dit la Direction ».


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